Stockholm cables: the end of neutrality
Partie I : Le « refuge sécurisé » suédois et sa « haute estime » de la neutralité.
La Suède continue de maintenir sa neutralité dans les conflits armés qui est en vigueur depuis le début du 19ème siècle, « ce qui fait de ce pays le plus vieux pays neutre du monde” [1]. Cependant, après la publication des cahiers de guerre afghans et irakiens [2], l’armée suédoise apparait sous un jour diamétralement différent, puisque ces cahiers montrent que les actions suédoises ne sont pas en accord avec la définition d’une force internationale pour la démocratie et le désarmement nucléaire. Au contraire, ces cahiers parlent d’invasion, d’occupation mais aussi de « meurtres collatéraux” [3] dans lesquels la Suède est impliquée aux côtés du gouvernement des États-Unis.
Un câble offre une vue sur les disparités entre les machinations des responsables militaires suédois et comment ces machinations ne sont pas forcément connues du gouvernement suédois et des citoyens : « L’armée suédoise et les services secrets sont des partenaires de confiance importants [des États-Unis] sur de nombreux points… Du fait de considérations sur la politique intérieure, l’étendue de cette coopération n’est pas largement connue au sein du gouvernement suédois et il serait utile de reconnaître cette coopération discrètement, car la révélation publique de cette coopération soulèverait des critiques à l’encontre du gouvernement. »
Il est dommage que la mention « n’est pas largement connue » ne soit pas expliquée avec plus de détails.
Avec le Parti Pirate suédois au parlement offrant un hébergement au site de Wikileaks et le journal national Aftonbladet engageant Julian Assange comme un éditorialiste — ceci apparemment supporté par les valeurs journalistiques et les lois suédoises — la Suède semblait être le pays idéal pour les membres de la nouvelle organisation de média Wikileaks.
Assange demanda un permis de travail suédois le 18 août 2010. Mais les évènements survenus après le 20 août 2010 prirent une tournure étrange. Le 21 août 2010, le journal Aftonbladet retire l’éditorial [4]. Le permis de séjour est rejeté par les services d’immigration suédois pour une raison maintenue secrète et inconnue du public.
Ce qui arriva ensuite n’a pas besoin d’être détaillé ici tant cette histoire est probablement la seule concernant Wikileaks qui a été plus que détaillée [5], et pas toujours avec véracité, dans les médias.
Un des aspects laissé de côté dans la majorité des articles a été que Julian Assange a quitté la Suède le 14 novembre 2010 puisque son visa touristique expirait, et qu’il est parti le 27 septembre 2010 après qu’on lui ait dit que « le procureur n’avait aucune objection contre le départ d’Assange en-dehors du pays” [6]. Cela signifie que le procureur suédois a eu plus de un mois pour poser ses questions à Assange et qu’il n’était pas nécessaire du tout de faire intervenir Interpole. La procureur principale Marianne Ny déclara qu’elle ne pouvait pas interroger Assange avant qu’elle n’est finie les premières investigations et que les dates proposées par Assange en Octobre n’étaient pas adéquates. Cependant les médias suédois n’ont jamais poussé Ny à répondre à la question : pourquoi n’a-t-elle jamais accepté une conversation téléphonique ou une vidéo-conférence ou pourquoi n’est-elle jamais allée en Angleterre interroger Assange par elle-même ? Le fait est qu’Assange peut prouver [13] qu’il a coopéré autant que possible avec les procureurs suédois et qu’il était constamment disposé à répondre aux questions. C’est une méthode courante que d’interroger des suspects par téléphone. Une des femmes qui accuse Assange de viol et d’agression sexuelle a été interrogé par téléphone lors de sa déposition initiale.
Un goût amer de trahison sur l’espoir d’avoir « un soutien de culture de la presse et des lois suédoises » reste présent et nous rappelle qu’il y a toujours un fossé entre la loi écrite et l’application du pouvoir. Dans un état démocratique, la différence est réduite par les efforts de juridictions indépendantes et du journalisme. Les deux échouèrent remarquablement en Suède et dénigrèrent au plus au point ce qui fait que son système juridique est généralement envié à travers le monde. Le « refuge sécurisé » s’avéra être un rêve. Le Parti Pirate suédois donne une analyse du câble 09STOCKHOLM141 (lire aussi 09STOCKHOLM569) montrant que les États-Unis étaient la force motrice derrière la loi IPRED [ndt : équivalent suédois de la loi Hadopi] et que « l’ambassade américaine avait pris part activement dans les coulisses au procès de Pirate Bay » [11]. Que reste-t-il de la neutralité suédoise ?
Partie II : Les câbles de Stockholm et la presse suédoise gratuite et démocratique.
Le 15 décembre 2010, Wikileaks publia le câble secret 08STOCKHOLM748. Le même jour, le journal anglais The Telegraph [8] publia un authentique résumé de ce câble disant : « Dr Anna-Karin Svensson, Directeur du département de la police, disant que le gouvernement suédois tomberait dans la controverse si les méthodes de ses services secrets étaient révélés ». Elle « pensait que, étant donnés les exigences de la constitution suédoise pour présenter des problèmes de sécurité nationale au parlement et à la lumière des controverses en cours sur les récentes lois suédoises sur la surveillance, il serait politiquement impossible pour le ministre de la justice d’éviter de présenter des données sur un accord avec les États-Unis au parlement pour révision. Selon elle, cette mise sous projecteur pourrait mettre d’autres accords informels d’échange en péril. »
Les ministres suédois de la justice et des affaires étrangères montrent dans les câbles « un très grand degré de satisfaction avec les accords d’échange d’informations actuels avec le gouvernement américain » et sont enclins à formaliser ces échanges du fait que les avantages possibles seraient « compensés par le risque que ces canaux informels de communication, qui couvrent une large part des lois de coopération sur l’anti-terrorisme, soient surveillés plus intensément par le parlement et peut-être mis en péril ».
Les réactions des hommes politiques suédois et des médias étaient déjà moindres le 15 décembre, le point culminant avait été le 6 décembre 2010 lorsque Maria Ferm, un membre du parlement suédois et du parti Vert née en 1985, déposa une demande [7] auprès de la commission constitutionnelle suédoise pour examiner les actions du gouvernement par rapport à des échanges informels avec les États-Unis. Les médias suédois ont réagi rapidement, relatant les propos de la ministre de la Justice, Beatrice Ask, disant : « Je n’ai pas de secrets pour le Parlement de Suède » et de Carl Bildt rejetant « la notion selon laquelle l’accord de partage de renseignements pourrait constituer une violation de la législation suédoise », ainsi que de Anna-Carin Svensson partageant au SvD que « c’est comme ça que l’ambassade des États-Unis l’a exigé » et qu’elle « pensait qu’un tel accord n’était tout simplement pas nécessaire », tout n’étant question que « de renseignements courants et de sécurité » [15].
N’est-il pas encore plus gênant si ce travail « courant » est « attendu » à « être examiné de façon plus intense par le parlement et à être mis en péril » par les hauts responsables de l’exécutif ? A quel point est « large » la part de « coopération policière et de lutte contre le terrorisme », coopération étant informelle entre la Suède et les États-Unis ? Aucune de ces questions n’a encore trouvé de réponse.
Depuis le 7 décembre 2010, le fil des actualités à propos de nouvelles investigations sur le câble 08STOCKHOLM748 semble s’être évanoui. La dernière analyse publiée sur newsmill.se [16] amène les conclusions à ce point : « seules deux petites organisations politiques – le Parti de l’environnement et le Parti Pirate – annoncèrent timidement des mesures politiques qui finalement ne virent pas le jour ».
Il est incompatible avec les principes les plus fondamentaux de la démocratie, que les dirigeants retiennent des informations émanant du corps législatif. Pour ceux qui pourraient dire que les responsables suédois ont dû sacrifier leurs valeurs démocratiques afin de protéger leurs citoyens, il est important de se rappeler que le même câble, décrit nettement qu’il « y a une croyance au sein du gouvernement suédois selon laquelle la Suède n’est pas susceptible d’être une cible directe de terroristes et a donc peu à gagner d’un accord HSPD-6 [ndt : directive américaine présidentielle sur la sécurité du territoire]« .
Partie III : Réactions suédoises sur les câbles, Julian Assange et Wikileaks.
D’après les chercheurs au Gallup World Poll [9], le peuple suédois est parmi les plus heureux du monde entier. Peut-être que certains médias ont contribué à cet état de joie en ne couvrant pas des évènements et actualités qui auraient pu déranger cette joie collective.
Certaines personnes trouvèrent ironique [12], que les avocats d’Assange se battent contre des fuites dans la presse sur des détails sensibles, très personnels et parfois secrets sur l’enquête en cours d’après les lois suédoises et la pratique courante des enquêtes préliminaires. Cependant, Julian Assange est un simple mortel et par conséquent ne peut être comparé à une toile de gouvernements, de régimes corrompus, et d’organisations diverses sur lesquels les câbles de Wikileaks montrent des couches superposées de secrets. La seule ironie réside dans le fait que « la meilleure » (Suède) et la plus puissante (États-Unis) démocraties dans le monde se battent furieusement contre une organisation pacifique dont le but principal est d’initier des réformes légales pour une démocratie juste et transparente afin de réduire les relations abusives entre les individus et les états.
Le juriste suédois Per Samuelson [10] dit dans une interview que Assange « … doit se rendre… » et que « [il] a de meilleurs chances d’avoir un procès équitable que les hommes suédois qui auraient du aller en prison avant, même en cas de sérieux doutes sur leur culpabilité ». Mais il admet aussi que « … à la vue de ses [Marianne Ny] démarches, je peux dire qu’elle a agi d’une manière sévèrement surprenante contre Julian Assange, même d’après les pratiques légales en Suède… Assange a montré au monde à quel point cela peut être injuste en Suède ». Les malheurs juridiques de Julian Assange peuvent être vus comme provenant du peuple suédois, non pas juste du système juridique de ce pays. Mais pourquoi Julian Assangre devrait se battre contre les problèmes présents dans le système juridique suédois ? Les suédois ne devraient-ils pas réagir eux-mêmes sur de telles injustices ? Étant citoyens d’un état démocratique, les suédois sont responsables de leur système juridique.
Partie IV : Actions possibles pour légitimer Wikileaks et Julian Assange au regard des informations contenues dans les câbles.
1) Contacter le parlement : toute personne peut contacter son représentant et demander des investigations sur toute coopération secrète révélée dans les câbles et sur l’étendue de l’implication personnelle des membres du gouvernement, du parlement ou des organismes militaires.
2) Déposer plainte auprès du médiateur parlementaire de Suède (JO) :
Où ? Ici. Qui peut porter plainte ? Tout le monde. Citoyen/résident suédois ou non. Voilà quelques liens, qui peuvent donner de précieuses informations pour déposer plainte : Erreurs durant les poursuites judiciaires, Extradition, Plainte pour la détention avant procès.
3) Signer des pétitions. Un exemple d’une pétition avec plus de 700 000 signataires, e-Petition au parlement suédois.
4) Et pour finir, un peu d’humour : les couples devraient séparément se rendre à un poste de police et demander conseil à la police à propos de préservatifs percés, du sexe à moitié endormi et d’autres crimes de la sorte, très bien décrits par les médias en faisant référence à Assange. Tous ces possibles abus sexuels, ils devraient dire, ont été commis par l’autre partenaire il y a environ 10 jours. N’oubliez pas de passer, séparément toujours, à votre journal local en parlant de vos doutes aux journalistes, s’il y a eu viol ou non..
Maintenant, imaginez un tel scénario malheureux touchant des milliers de couples à travers la Suède. Et maintenant imaginez la réaction de ces avocats, qui pensent que seul un avocat devrait décider, si une personne a été abusée ou non. Ils auraient une foule de cas pour mettre leur théorie en pratique.
Cet article a été traduit de l’anglais par Pierre Villard.
Références:
[1] Wikipedia : Neutralité (relations internationales).
[2] Wikileaks : Cahiers de Guerre.
[3] Wikileaks : Meurtres Collatéraux.
[4] Skandinav i Florida – Aftonbladet ne publiera rien tant que la situation ne sera pas éclaircie.
[5] Skandinav i Florida – Skandinav i Florida – extrait de tous les articles à propos du cas Wikileaks et Assange;
Skandinav i Florida – Svenska Dagbladet déclare que Assange est sous le coup d’un procès pour viol.
[6] Skandinav i Florida – Svea Hovratt pourrait préserver Assange et la Suède de davantage d’embarras.
[7] Swedish Parliament – Requête au Conseil Constitutionnel de Suède pour revoir les actions du gouvernement en relation avec des échanges informels avec les États-Unis.
[8] The Telegraph – WikiLeaks: le gouvernement suédois a caché au parlement des opérations anti-terroristes avec les États-Unis.
[9] Forbes.com – Le plus heureux des pays au monde.
[10] Radsoft – Julian Assange & La conspiration féministe suédoise, en allemand : Märkische Allgemeine.
[11] Pirate Party – Câbles: US driving Swedish Data Retention.
[12] The Register – Assange lawyers fume over leaked rape case docs.
[13] Provisional Skeleton Argument on behalf of Mr. Assange, Short summary of the Skeleton Argument.
[14] Extradition and Mutual Legal Assistance Handbook (2ème édition) (Oxford University Press : 2010), Jones, Davidson, Sambei and Gibbins, chapitre 15 (“Mutual Legal Assistance and other European Council Framework Decisions”), §15.37 (“Video and telephone conferencing”).
[15] svt.se – 5 décembre 2010 – “Sverige lämnar information till USA utan att riksdagen får veta”;
jinge.se – 5 décembre 2010, Wikileaks drar ner byxorna på politiker;
SvD.se – 6 décembre 2010, Kan komma krav på Asks avgång;
DN.se – 6 décembre 2010, MP KU-anmäler regeringen;
svt.se – 7 décembre 2010, KU går vidare med Wikileaksuppgifter;
thelocal.se – 6 décembre 2010, Calls to probe Sweden-US intel contacts;
SvD.se – 6 décembre 2010, Samarbete med USA skulle inte visas upp;
DN.se – 6 décembre 2010, Ask tonar ner uppgifter om terrorinformation;
DN.se – 7 décembre 2010, Wikileaks: Samarbete USA–Sverige mot illegala fildelare.
Newsmill.se – 7 décembre 2010, Informella överenskommelser med USA är en säkerhetspolitisk tradition som bör avvecklas.
[16] newsmill.se – 11 janvier 2011, La croisade politique suédoise contre Assange et Wikileaks.

[...] Read the rest. [...]
[...] http://crowdleaks.org/stockholm-cables-the-end-of-neutrality/ [...]
i agree!
Bjorn Hurtig, the lawyer of Julian Assange witnesses:
« On 27 September 2010, Mr. Assange left Sweden.[] Ms Ny asserts in her submission to the Svea Court of Apeal that on 27 of September she arrested my client in absentia and informed me of this ». Further he witnesses that Ms Ny didn’t inform him at all about the domestic swedish arrest warrent (which is a pre-condition for issue of the EAW) and that on 15 September Ms Ny told him on the phone that she has no objections and that « Mr Assange can leave Sweden » and despite numerous calls of Mr. Hurting by Ny afterwards he was never being told about either the arrest nor about any objections of JA’s leaving the country on 27th of September.
… Strange, strange, Ms Ny…..
Here is the link:
http://www.fsilaw.com/sitecore/content/Global/content/~/media/Files/Publications/IP_Media/Julian%20Assange%20Case%20Papers/Julian%20Assange%20Material/Witness%20Statement%20of%20Bjorn%20Hurtig.ashx
[...] the Cablegate-archives thanks to Wikileaks and its whistleblowers brought to light (see the article Stockholm cables: the end of neutrality “ on the informal Swedish and US-American [...]
[...] the Cablegate-archives thanks to Wikileaks and its whistleblowers brought to light (see the article Stockholm cables: the end of neutrality “ on the informal Swedish and US-American [...]
http://open.salon.com/blog/anonymous_operation_want/2011/01/13/swedens_big_trade_deal_for_assange_who_profits_most
[...] the Cablegate-archives thanks to Wikileaks and its whistleblowers brought to light (see the article Stockholm cables: the end of neutrality “ on the informal Swedish and US-American [...]