Posted by pvillard & Sofia Vaughn février 6, 2011 at 1:25

Egypt: A revolution for Human Rights

This article was written by pvillard & Sofia Vaughn
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Picture by Octavio Iturbe

Alors que l’Égypte suit l’exemple de son voisin tunisien, on assiste en ce début de mois de février 2011 à de violents affrontements entre les partisans de l’actuel président Mohammed Hosni Moubarak et l’opposition. Ceux qui souhaitent du changement ne sont pas prêts à attendre la fin du mandat de l’actuel président. En effet celui-ci a annoncé qu’il ne se représenterait pas lors des prochaines élections en septembre 2011. Il en est de même pour son fils qui n’est pas non plus porté dans le cœur des opposants.

Ce soulèvement suit l’exemple donné un mois plus tôt par le peuple tunisien avec « la Révolution de jasmin ». Cela fait suite à une augmentation du niveau de la vie, un marché de l’emploi plongé dans de graves difficultés et à un gouvernement oppressif. C’est pourquoi, le vendredi 4 février 2010, la Haute commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, exhorte les autorités égyptiennes à mener des enquêtes « transparentes et impartiales » sur les récentes violences en cours.

Le changement est « en cours en Égypte comme il est venu en Tunisie », a-t-elle estimé. « Les gouvernements doivent écouter leur population et mettre en pratique leurs obligations concernant les droits de l’homme ». « Les régimes qui privent leur population de leurs droits fondamentaux et reposent sur un appareil sécuritaire impitoyable pour imposer leur volonté, sont condamnés à tomber sur le long terme ». On peut donc comprendre les revendications du peuple égyptien.

D’ailleurs, suite aux récentes manifestations en Égypte, Wikileaks a donné plus d’importance à la publication de câbles venant de l’ambassade du Caire lors de ces derniers jours. Un de ces câbles fait d’ailleurs mention d’un rapport publié en 2008 à propos de la situation des droits de l’homme en Égypte et dénonce une situation accablante.

Ce câble datant du 13 mai 2009 fait l’analyse du rapport 2008 du Conseil National des Droits de l’Homme. Cette organisation, fondée en 2003, est une organisation quasi gouvernementale dominée par des membres du gouvernement égyptien. Cependant, le rapport 2008 fait état de critiques violentes envers le gouvernement et donne de nombreux détails sur les violences et abus perpétrés. L’ambassadrice au Caire, Margaret Scobey, fait d’ailleurs remarquer au gouvernement américain qu’il « pourrait utiliser ce rapport comme force d’appui dans des discussions privées avec le gouvernement égyptien ».

Le rapport couvre l’année 2008 et les trois premiers mois de l’année 2009. On y retrouve des critiques sur le gouvernement égyptiens à propos de plusieurs points annonciateurs des évènements de février 2011 :

  • Le gouvernement égyptien « restreint les organisations non gouvernementales et les syndicats professionnels »,
  • Il « essaye de juger les civils en court militaire du fait de l’état d’urgence »,
  • Le gouvernement ne tient pas compte des « frictions sociales » entre les musulmans et les chrétiens qui débouchent sur du sectarisme,

Le Conseil National appelle le gouvernement à faire attention aux « problèmes économiques et sociaux » et déclare que la crise financière a de graves effets sur l’économie égyptienne et sa société. Le rapport dispose d’ailleurs d’une section de plaintes faîtes par des citoyens et qui se concentrent principalement sur les problèmes de société.

Le rapport soumet au gouvernement égyptien 25 recommandations dont les principales sont citées ci-dessous. Par ailleurs ces recommandations étaient déjà présentes dans les précédents rapports du Conseil National depuis 2005 :

  • En finir avec l’état d’urgence et établir une loi en faveur de l’anti-terrorisme,
  • Définir avec plus de précisions les lois en ce qui concerne l’usage de la torture. L’ambassadrice rappelle qu’à ce moment la loi ne définit la torture que dans le cas de l’obtention d’informations, et que les sentences contre la police sont principalement en-dessous de ce que la loi exige,
  • En finir avec les condamnations à la prison pour les journalistes,
  • Supprimer les lois contre les organisations non-gouvernementales. A ce moment, « le gouvernement égyptien est en droit de dissoudre des ONG, limiter leurs activités et interdire leur formation » et le gouvernement égyptien « fait souvent usage de ces prérogatives »,
  • Lever les interdictions sur la formation de nouveaux partis politiques. A ce moment, un nouveau parti devait obtenir l’autorisation du parti au pouvoir pour voir acceptée sa création.

Malgré les vives critiques prononcées contre le gouvernement égyptien dans ce rapport, il s’avère que les civils sont désappointés par celui-ci. En effet, l’ambassadrice Cobey a discuté avec une personne dont le nom a été masqué par les équipes de Wikileaks.

« XXX nous a dit qu’il était d’accord avec l’ensemble de ces recommandations mais qu’il doutait de la mise en pratique de celles-ci par le gouvernement égyptien. XXX dit que bien qu’il pensait que le rapport était le plus véridique jusque là, il aurait du être plus sévère envers le gouvernement égyptien qui n’a pas suivi les recommandations du Conseil National depuis 2005. XXX considéra le rapport comme le pire depuis 2004 car il reporte les problèmes du pays sur le manque de culture des droits de l’homme des citoyens égyptiens. XXX exprima son désappointement et ajouta que, selon lui, le rapport surévaluait les problèmes économiques et minimisait le manque de droits pour la société et la politique. »

Il apparait donc clairement que la situation explosive entre le gouvernement égyptien et sa population était connue du gouvernement américain depuis au moins 2009. Mais le président Moubarak étant un allié de longue date des américains, ces derniers n’ont probablement pas suivi les recommandations de l’ambassadrice en utilisant ce rapport pour amener le gouvernement à proposer des réformes démocratiques.

Les évènements de ce mois de février 2011 sont donc l’expression d’une rancune qui monte depuis au moins 2004. Les citoyens égyptiens réclament donc un gouvernement au service de son peuple et qui prendra en considération les droits de l’homme. On peut cependant se demander si les successeurs potentiels à Moubarak tiendront davantage compte de ces recommandations du rapport 2008.

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